Les mandulons

 

Une curiosité de l’église Saint Sornin : Les MANDULONS

 

Cette église contient un ossuaire où plus de 200 corps sont déposés. Il est situé dans les combles du transept nord et ne possède aucun accès direct. Un escalier conduisant au clocher permet d’observer un local de 23m² les contenant. Seule une échelle permet de descendre au milieu des ossements. Sur le mur nord se trouve une corniche de 20cm de large et à 1,5m du sol, sur laquelle sont alignés des crânes ; ainsi que les énigmatiques "Mandulons". Ce sont 4 corps desséchés et relativement bien conservés.

 

Depuis longtemps, cet ossuaire a excité bien des curiosités, intéressé les historiens locaux et régionaux.

 

les mandulons 1

Photo momuments historiques

 

Mais que sgnifie "MANDULON" ?

"Mandulon" pourrait venir de "mandule" , qui signifie en patois local, "amande desséchée".

Quant à l’origine de ces corps, bien des hypothèses ont été avancées :

 

- victimes : de l’inquisition ou des guerres de religion.

- habitants de Mende (d’où le nom de Mandulons) fuyant des représailles en des périodes difficiles et venus mourir de faim à Serrières.

- personnes emmurées, mortes ou vivantes, à la suite de graves épidémies (peste)  

- règlements de comptes à la révolution.

-victimes des armées étrangères en 1814 à l’effondrement du 1er empire.

-caveaux vidés à la hâte pour échapper aux inondations.

-sépultures provisoires dues aux inondations.

- et sans doute combien d’autres suppositions !

 

Il n’y a aucune preuve pour confirmer l’une ou l’autre de ces hypothèses.

 

L’un de ces corps est debout appuyé contre le mur, les mains jointes, c’est le corps d’une femme de 1,44m, le crâne recouvert d’un bonnet; à sa gauche, un autre corps, assis par terre, mesure 1,77m.

 

Dans l’angle un troisième corps, la tête reposant contre le mur, il a encore la poitrine enveloppé d’un linge grossier et raccommodé.

 

Recherchons dans les archives locales où sont conservés, depuis environ le milieu du 17ème siècle, les registres des délibérations municipales.

 

Que nous apprennent-elles ?

 

Bien peu de choses à ce sujet, mais nous trouvons une précision importante, sur celle du 3 décembre 1702 dont voici un extrait :

 

"il fut permis à Monsieur le Curé de vendre un petit coin de cimetière qui est inutile, pour le prix en provenant, être employé à faire nettoyer une grande voûte qui est dans la nef de Saint Sornin destinée à l’enterrement des morts, et le surplus du prix à être employé à d’autres réparations de l’église".

 

A défaut d’autres renseignements, ce point est important. Il permet d’éliminer bien des suppositions citées plus haut.

 

En 1726, le Comte Archevêque de Vienne, Henri de la Tour d’Auvergne, au cours de la visite de son diocèse, s’était arrêté à l’église de Saint Sornin, qu’il voyait pour la première fois. Il n’apprécia pas, semble t-il, le désordre de cette église où les bancs étaient entassés, en pagaille dirions-nous, et dont le pavement se trouvait en fort mauvais état.

 

Une seconde délibération du 19 septembre 1728, longue et pas toujours claire pour nos raisonnements actuels, nous apprend que l’église est encombrée par les bancs de sépultures et qu’il est urgent d’y mettre de l’ordre. Il faut savoir que depuis longtemps des caveaux particuliers étaient concédés aux familles moyennant redevance (en 1668 il en fut vendu 18, chacun au prix de 30 livres).

 

Au dessus du caveau, la famille y fixait un banc, pour assister aux offices. Des familles s’étant éteintes, on envisageait de reprendre les caveaux, pour les concéder à nouveau. Le contenu des caveaux serait transféré dans « la chapelle spécialement aménagée ».

 

 Il y était décidé également la construction d’un nouveau collectif toujours avec droit de redevance.

 

Comme source de renseignements, nous attendions beaucoup des registres paroissiaux, dont les plus anciens actes remontent à 1620, mais ils ne nous disent rien sur ce sujet.

 

En 1929, dans la publication des chroniques de Jules Vallet, notaire serrièrois dans la « revue du Vivarais » il évoque le probable transfert d’ossements des caveaux dans la voûte.

 

En 1984, les docteurs Billard, Perrot, Dervieux, ont conjointement étudié ces ossements d’un point de vue scientifique, et la publication, par le docteur Billard d’un article consacré à l’étude des crânes de l’ossuaire (206 étudiés) retient elle aussi l’idée d’un transfert des corps des caveaux.

 

Pourquoi les "Mandulons" ?. Pourquoi ces 4 squelettes ?. Il y en avait davantage autrefois, assez intacts, d’aspect momifié, et dressés, à part, contre le mur ?.

 

Monsieur Chatagner, qui a beaucoup cherché dans les archives,

 

propose une réponse avec l’aide de Monsieur Guigal, historien annonéen, ce dernier participant à des fouilles effectuées à l’église de Champagne (à 8 km de Serrières) avait vu des cercueils en plâtre contenant des corps de conservation semblable à nos « Mandulons ».

 

Quand on connaît le pouvoir absorbant du plâtre, il est concevable qu’une sorte de momification du corps puisse en résulter. Ce pourrait être le cas à St Sornin, malheureusement, aucune fouille n’ayant été effectuée dans l’église, on ne peut confirmer définitivement cette hypothèse.

 

Le docteur Billard a trouvé de la chaux dans l’examen des Mandulons et l’on sait qu’il y avait 2 fours à chaux à proximité de l’église St Sornin, attestés par le compoix de 1656 (cadastre rudimentaire). Le dernier de ces fours cessa de fonctionner peu après 1790, détruit lors de la construction de la nouvelle route des bords du Rhône.

 

M.Chatagnier pense que les cercueils en plâtre devaient être réservés aux nobles et aux personnes riches exerçant des fonctions élevées. Au moment des transferts dans la voûte, les corps ont dû être déposés avec précaution, puis rangés debout parce qu’intacts, mais aussi peut-être par respect pour ces personnes que l’on craignait ou vénérait de leur vivant.

 

Le coin des chercheurs : la thèse du docteur Michel BILLARD -1982

 

 

 

 


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